dimanche 1 janvier 2017

En 2017, je ne range plus...

.

Je ne range plus pour préserver ma vie imaginaire

« Bordélique?», s'interroge Mila, voisine de palier qui cultive un goût prononcé pour le désordre jusqu'aux abords de son paillasson. «J'ai besoin de me sentir entourée, vivante, de faire corps avec tous les objets, accessoires, gadgets et broutilles que j'accumule à mon domicile. L'ordre me fait froid dans le dos, dit-elle. Je pose, j'expose, je compose. Chez moi, rien n'est aseptisé, contrairement aux locaux de l'hôpital où je travaille
Et, lorsqu'on ose demander à la quadra s'il lui arrive de ranger, de se délester, elle argumente: «J'aime conserver ce qui doit l'être. Ni plus ni moins. Je ne suis pas la pointilleuse Mary Poppins mais je sais précisément où tout se trouve», ajoute-t-elle. Devant son chaleureux capharnaüm, on en vient à sourire, conquis par son joyeux fatras et ses créatifs enchevêtrements.
La folie du rangement? Quelle barbe! Les Dan-Sha-Ri. L'art du rangement (Hideko Yamashita, Autrement, 250 p., 17,90 €), Magie du rangement (Marie Kondo, First, 2015) et autres Range ta vie! (Elise Delprat-Alvares, Larousse, 192 p., 12,90 €) promettent de nous faire gagner en rationalité, de nous simplifier la vie, de faire le tri, sortir du «trop», désencombrer notre espace vital, voire de ranger notre moi intérieur... A quoi bon si le désordre ne «dérange» pas? «Au fond, est-ce que ranger, ça ne revient pas un peu à foutre le bordel dans son désordre?», continue d'ailleurs de se demander le Chat de Philippe Geluck.
«Le premier intérêt du bordel, explique sans cynisme Laurence Einfalt, psychologue et fondatrice de Jara, agence de coaching en organisation personnelle, est de présenter une stimulation intellectuelle. Rechercher ses clés pendant vingt minutes, par exemple, est un jeu de piste en soi; un amusant casse-tête en réalité. Et quelle satisfaction de les retrouver enfin!»
C'est aussi l'avis d'Eric Abrahamson, professeur à la Columbia Business School, New York, et auteur d'une théorie du désordre (Un peu de désordre = beaucoup de profit(s), avec David H. Freedman, Flammarion, 2013) selon laquelle le salarié désordonné est plus productif car il mettrait 36 % moins de temps que son collègue cartésien à mettre la main sur un document parmi les piles qui jonchent son bureau. Cette accumulation stimulerait également la créativité et susciterait d'innovantes associations d'idées, bénéfiques pour l'entreprise. Une exhortation à laisser les tours de Pise pulluler dans les open spaces.
«Le bordélique a une relation forte à l'objet. Son pouvoir d'évocation est sans pareil, et sa vie imaginaire bien plus intense aussi», confirme Laurence Einfalt, pour qui l'adepte du bazar «est une personne attendrissante, curieuse et altruiste, un "gardeur" dont il est bon de s'entourer». Pourtant, on leur attribue les pires tares: refus de grandir; déficit d'auto-discipline, manque de rigueur et de volonté, absence de respect pour soi et pour les autres...
«Un intérieur ou un bureau tiré à quatre épingles peut être un frein aux relations sociales, observe Valérie GuilIard, maître de conférences en marketing à l'université Paris-Dauphine. A l'inverse, le désordre, ou tout au moins l'accumulation d'objets avec lesquels le visiteur peut interagir, est un facilitateur de lien social.» Selon l'auteure de Boulimie d'objets (De Boeck, 2014), le désordre permet de faire tomber les masques et rend les gens accessibles et sympathiques.
«L'une de mes erreurs a été de présumer que tout le monde serait heureux de vivre dans un intérieur bien rangé», concède Marie Kondo dans Ranger: l'étincelle du bonheur (Pygmalion, 224 p., 17,90 €), guide illustré de son best-seller La Magie du rangement, écoulé à 5 millions d'exemplaires. La consultante japonaise admet même qu'il ne faudrait jamais obliger quelqu'un à faire place nette «car ce n'est que lorsqu'on accepte inconditionnellement les autres et leurs différences que l'on peut vraiment dire qu'on a terminé de ranger».


Marlène Durez dans Le Monde du samedi 31 décembre 2016 – dimanche 1er – lundi 2 janvier 2017





vendredi 9 décembre 2016

Des olives pour l'apéro

.
J'ai, sur mon balcon, un petit olivier particulièrement sympathique: il m'a offert cette année 6 belles olives à grignoter pendant mes apéros...



















Tout en bas, Cully, dans une lumière de limbes

.

...une pâleur de limbes qui paraissait suinter des parois de métal, raccourcissait le halo faible des lampes en veilleuse : il me semblait flotter comme une ombre au milieu du navire gris, du jour gris, de l'eau grise, le cœur défait dans cette étale morne du petit jour...

Julien GracqLe Rivage des Syrtes,1951

















Du haut de la Tour de Gourze

.

Un jour bientôt, je vous emmènerai là-haut, rêver au-dessus des nuages.


























mardi 22 novembre 2016

Le Radeau de la Méduse dérouté...

... plus exactement détourné...



... sur l'idée et dans les décors du comité de l'Union Vinicole de Cully.
Intitulée "La Soif", la photo est de Pierre-Antoine Grisoni*, la postproduction de Romain Keller* (*www.strates.ch) [Copyright UVC 2016]

... faut avouer que le résultat du détournement n'est pas mal du tout, par rapport à l'original (de Th. Géricault-1819)
Bravo à l'équipe de l'UVC pour le concept, et à celle de Strates pour la réalisation.
Amateurs de belles images, je vous recommande vivement de visiter le site www.strates.ch























lundi 10 octobre 2016

Un p'tit coing d'paradis

.

Un p’tit coing d’paradis, 
Contre un coin d’parapluie, 
Vous n’perdrez pas au change, pardi ! 


Le paradis de la chanson de Brassens, en fait, c'est le Tessin.

Cette année, la production du petit cognassier de Chiggiogna a été particulièrement abondante.
Amateurs de compotes, gelées, confitures et autres pâtes, il est temps de passer commande directement sur internet "Au Bon Coing", à l'auteur de ce blog. Les commandes ne peuvent être acceptées et exécutées qu'en Suisse métropolitaine. Pour le moment.


















dimanche 25 septembre 2016

Kaolin et drosophile suzukii

.

Il y avait déjà le terrible Roundup de Monsanto pour lutter contre les mauvaises herbes qui envahissent nos vignes, on est maintenant gratifié du formidable Surround WP de De Sangosse pour protéger nos plants contre les attaques des sales bêtes nuisibles comme, en particulier, la mouche Suzuki venue récemment du Japon visiter ce coin de patrimoine de l'Unesco.
La drosophile suzukii, c'est maintenant bien établi, adore la Suisse et particulièrement Lavaux et ses rouges, Gamay, Gamaret, Merlot (mais aussi et malheureusement le Malbec qui - fort heureusement - ne pousse pas ici).
Le Surround WP se présente sous forme d'une poudre (très) blanche composée à 95% de kaolin. Le kaolin lui-même est une argile constituée essentiellement de silicate d'aluminium dont l'utilisation majeure est à la base de la fabrication de la porcelaine. On emploie également le kaolin principalement dans l'industrie du papier, en médecine, et surtout en cosmétique.
Curieusement, en Afrique de l'Ouest, et notamment au Sénégal mais aussi au Mali, en Côte d'Ivoire et au Cameroun, le kaolin est fort apprécié des femmes de condition modeste qui le consomment à l'envi comme une véritable drogue.
Pour lutter contre la Suzuki, l'OFAG (Office Fédéral de l'AGriculture) recommande aux vignerons de disperser le Surround WP à raison de 2% dans l'eau et de pulvériser (de préférence avec un masque) la suspension obtenue dans la proportion de 24 kg/ha. Il est permis de faire jusqu'à 3 pulvérisations successives avant les vendanges. Surtout en cas de pluie et en cas d'attaques répétées de la méchante drosophile.
Le résultat d'une première pulvérisation est nettement visible sur l'image du haut. Le traitement concernait un plan de Gamay du côté de Villette (Lavaux). Le dépôt de kaolin sur les grappes est tel qu'il ne laissera aucune chance à la drosophile Suzukii en séjour à Villette de percer l'enveloppe des grains.
Au passage, si vous voulez repeindre en blanc votre vieille Suzuki bleu marine à peu de frais, approchez votre véhicule d'un parchet de vignes en cours de traitement au Surround WP. Résultat garanti en quelques minutes.
A propos de l'impact du kaolin sur le goût du vin, je vous laisse distiller les propos de Christian Linder. L’Institut des sciences en production végétale de l’Agroscope a fait des essais de vinification de raisins traités par du kaolin (cette poudre à base d’argile qui donne une si mauvaise mine aux raisins). «Nous avons comparé deux microvinifications de mara, l’une traitée trois fois au kaolin – ce qui est beaucoup – et l’autre pas. Deux panels de dégustateurs professionnels se sont prêtés au jeu dans les règles de l’art et n’ont relevé aucune différence, tant au niveau organoleptique qu’au sujet de la couleur», affirme Christian Linder, collaborateur technico-scientifique à l’Agroscope. Une nouvelle qui va rassurer tant les vignerons que les amateurs de bons crus.

Hum! Ça me fait penser aux conclusions très optimistes des recherches sur le cancer du poumon financées par Philip Morris ...
Santé quand même!

Pour aller un peu plus loin dans votre (viti)culture: